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Les émeutes de la faim : quelle politique à mettre en œuvre en Haïti?


Article published on2008-04-15

Haïti est secouée par une crise économique et sociale sans précédent. Plusieurs villes du pays ont  été ces derniers temps le théâtre de violentes émeutes de la faim. Les Haïtiens et les Haïtiennes sont descendus dans les rues pour dénoncer la hausse vertigineuse du prix des produits alimentaires de base, la famine généralisée, l’irresponsabilité et l’impuissance des autorités. Faisant fi de la détresse des masses démunies et des classes moyennes, de la gravite de la situation et de l’urgence du moment, le président René Garcia Préval fredonne le refrain de sa chanson préférée :la production nationale. On se croirait en 1991, quand il était le Premier ministre de Jean-Bertrand Aristide, en 1996-2001, lors de son premier mandat de président. Le message du président Préval montre clairement qu’on est en présence d’un cas pathologique : seules la schizophrénie ou la démence permettent de comprendre le contenu de ce discours.

 

Tout homme politique lucide doit avoir une parfaite maîtrise des notions de court, de moyen et de long termes, distinguer les problèmes conjoncturels de ceux d’ordre structurel. C’est la démarche intellectuelle, l’exercice mental indispensable à la compréhension des crises politiques, économique et sociales affectant une société et de pouvoir y apporter des solutions rationnelles, appropriées, adéquates. Haïti a très certainement besoin d’une réforme agraire et de la mise en œuvre d’une politique agricole susceptible d’apporter une solution durable aux problèmes structurels de l’agriculture haïtienne.

 

 Au lieu de chercher à identifier qui serait derrière ces révoltes, à indexer des secteurs politiques, essayons plutôt d’identifier les causes. Aujourd’hui Haïti fait face à une crise alimentaire qui peut déboucher sur une catastrophe politique et une explosion sociale susceptible d’entraîner une occupation directe du pays, qu’il faut à tout prix éviter. Quand on assiste à des scènes violentes où des bandes de pillards affamés, armés de matraques et de pierres, font frémir les riches et les commerçants, en s'attaquant aux magasins et aux entrepôts, il faut agir vite, avant qu’il soit trop tard. Donc, les autorités doivent prendre urgemment des mesures en vue de calmer la colère et d’apaiser les souffrances des populations démunies, sans pour autant négliger d`autres pistes de solution à moyen et à long terme. Il faut qu’un plan stratégique soit rapidement élaboré et exécuté, avec le soutien des partenaires étrangers, sur la base d'une vision commune du développement économique du pays. Nous devons déclarer la guerre contre le chômage. En ce sens, la pays a besoin d'un réseau d'entreprises agroalimentaires importantes pouvant embaucher des  centaines de milliers de personnes à travers les dix départements géographiques Voilà la voie conduisant à la croissance, l’unique moyen de mettre fin au phénomène de désespoir collectif qui affecte la société haïtienne.

 

 

 La population est fatiguée, elle a faim.

 

 BESOINS ET OPPORTUNITÉS

 

 À côté d`une politique agricole centrée sur les besoins du peuple en matière de produits alimentaires de base tels le riz, le haricots, le maïs, le petit mil, la banane, des tubercules comme (igname, manioc et patates), il faudra subventionner l`agriculture, accompagner les petits éleveurs, encourager le reboisement du pays, en donnant la priorité aux arbres fruitiers comme le  manguier, l`oranger, l`avocatier, l`arbre véritable, l`arbre à pins, kénépier, etc. Augmenter nos cheptels de porcs, vaches, cabris, poulets et pintades… Selon des chercheurs haïtiens, 79% de nos œufs de table proviendraient de la République dominicaine. Nous consommons  plus de 25 millions œufs par mois, alors que nous n`en produisons que moins de 25 %.

 

Haïti a besoin de projets économiques ambitieux, capables  de favoriser le développement durable des activités touristiques sur tous nos 530 km de côtes. Nous avons besoin de développer des projets de grande envergure, ports, aéroports, marinas,  hôtels "resorts", et ce, dans les principales îles du pays, notamment : île de la Gonâve, île à Vache, île de la Tortue, îles des Cayimites. Seule une action intersectorielle de ce genre peut aider à faire démarrer l`économie  nationale pour un développement durable, écologiquement acceptable, socialement équitable et touristiquement rentable.

 

Haïti a aussi besoin d`un gouvernement responsable, susceptible de rassurer les gens d’affaires sur l’opportunité de contribuer au développement économique du pays. Nous devons constituer une équipe dont la  mission première sera de promouvoir le commerce, l'industrie et le tourisme par des actions visant à créer des conditions favorables au développement économique d`Haïti pour en finir avec l`exode rural et la bidonvilisation grandissante des principales villes du pays. Voilà mon souhait, et surtout mon combat d`homme politique. Et c`est aussi mon rêve : celui de l'éclosion et de la croissance d'entreprises dans une Haïti qui retrouvera dans le monde globalisé du XXIe siècle, sa place avec dignité et honneur. Agir autrement, serait faire preuve de cynisme, de d’irresponsabilité et d’impuissance face à la misère criante du peuple, dont la patience a des limites.

 

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